Les cartes de visite professionnelles


La carte de visite professionnelle est l'exemple d'un objet de communication infraordinaire, selon un terme emprunté à Georges Pérec. Il s'agit d'objets qui, bien que passant inaperçus parce qu'ils passent inaperçus  structurent profondément nos relations et notre perception du social et de nous-mêmes.

La carte de visite professionnelle s'inscrit dans un mouvement de subversion des frontières de l'identité professionnelle et de l'identité privée. Elle témoigne d'un état de la communication organisationnelles où sont conjugués et mis en abyme l'estime de soi et l'affirmation d'une culture d'entreprise. Ceci se lit dans la double tradition de la charte graphique uniformisante et de la carte de visite privée, liée à la sociiabilité aristocratique et bourgeoise.

L'analyse de la carte de visite professionnelle, comme espace écrit singulier, mesure le jeu de ces légitimités conjuguées mais en partie contradictoire, à travers le choix et la présentation des informations, la formulation rhétorique des noms et des fonctions, le traitement de l'espace visuel de l'écrit et des diverses manières d'établir des hiérarchies et des ordres, les caractères matériels de l'objet et les contextes pratiques de son usage. Cette sémiologie met en évidence que la stratégie d'entreprise cherche à canaliser dans une cohérence unique les signes les plus intimes et les plus publics, mais que ce projet échoue toujours en quelque chose, car le petit objet inaperçu parle, si on prend la peine de le scruter, de beaucoup de choses que les politiques de communication ne maîtrisent pas.



Références :

 

Yves Jeanneret et Emmanuël Souchier, La Griffe, la fontion et le mérite, communication au colloque Sémiologie en entreprise, EDF et le Centre d'étude de l'écriture, Paris, février 1997