
La poétique de la vulgarisation
La vulgarisation scientifique est un objet indigne : ni assez littéraire pour être littéraire, ni assez scientifique pour être scientifique. Cet objet, méconnu et rarement pensé en lui-même, est renvoyé régulièrement à une comparaison (en général par défaut) avec un texte supposé originel de la vraie science.
La poétique de la vulgarisation consiste au contraire à considérer le texte de vugarisation comme une production ayant ses ressources, ses enjeux et son économie propres, et par là créatrice, à la fois, de savoirs et d'ignorances.
Cette analyse part d'une critique radicale de l'idée de traduction, métaphore à travers laquelle on a pris l'habitude de penser le texte de vulgarisation. Aucune des hypothèses sur lesquelles repose le modèle de la traduction (existence d'un texte original de la science, position de médiateur neutre du vulgarisateur, réduction des questions de communication à un travail sur la langue) ne tient à l'analyse attentive des productions de vulgarisation.
Contre le modèle de la traduction qui conduit à observer la vulgarisation comme une opération locale de reformulation, la poétique de la vulgarisation s'emploie à mesurer la responsabilité en jeu dans les grands choix qui président à l'écriture des textes : mise en place d'un rapport à la science, d'un contrat de communication avec le lecteur, énonciation du vrai et de l'erreur, mise en récit des pratiques de connaissance, définition des frontières des objets intellectuels, tissage des représentations sociales et des concepts opératoires, etc.
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Référence :
Yves Jeanneret, Ecrire la science. Formes et enjeux de la vulgarisation, Presses universitaires de France, 1994