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LI.A. et les télécommunications : au-delà du tuyau

Depuis un siècle, la recherche en télécommunications consiste en gros à expliquer comment réaliser un " tuyau " efficace. Si A veut communiquer avec B, comment établir un lien qui leur permettra de le faire pour un coût raisonnable ? Cette recherche a ensuite évolué, en intégrant des techniques capables de traiter l'information. Actuellement, il s'agit d'un traitement de bas niveau, qui ne tient pas compte de la sémantique de l'information manipulée.

Par exemple, avec les inforoutes, on va pouvoir accéder à une énorme quantité d'information. Mais rien n'est prévu pour que ces informations soient accessibles dans les faits : comment repérer l'information pertinente si elle est noyée dans un océan d'informations qui ne nous concernent pas ?

* De plus en plus de messages n'ont pas de destinataires désignés à l'avance. C'est le cas par exemple des informations mises sur le Web. Doit-on les laisser dormir ?

* De plus en plus de communiquants cherchent une information, mais ne savent pas où ni comment la trouver. Ne peut-on les aider ?

* Et puis, au-delà de la mode actuelle de l'information préconçue et préenregistrée (cd-rom, Web) il faut se préparer à l'information dynamique, c'est-à-dire assemblée ou calculée pendant l'interaction. Si j'ai besoin de connaître rapidement mes droits en cas de litige à propos d'un mur mitoyen, je veux un système qui, en dialoguant avec moi , serait capable de me renseigner de manière pertinente.

Les problèmes d'aiguillage et de production d'informations pertinentes prendront une importance prépondérante dans les prochaines années. Or, même avec des traitements et des transmissions dix ou cent fois plus efficaces, satisfaire ces besoins restera problématique. La solution sera avant tout qualitative : pour faire correctement son futur métier, l'ingénieur des télécommunications devra inclure dans ses schémas techniques un nouvel appareil, un appareil qu'il n'a pas conçu et dont il n'a jamais eu besoin de tenir compte jusque là. Il s'agit de l'appareil cognitif humain. S'il ne comprend rien à ce dispositif, il continuera à faire circuler efficacement des informations inutiles. La prise en compte de l'humain dans le processus de communication débouche sur la maîtrise des techniques d'ingénierie de la connaissance. Qu'est-ce que cela comporte ?

* Il s'agit en premier lieu de comprendre pourquoi les humains communiquent. Bizarrement, des millions de conversations sont transmises chaque jour, et personne ne se demande pourquoi les gens payent pour communiquer, ni quel genre d'information est ainsi échangé. Si on comprend le phénomène, on pourra peut-être mieux l'assister, voire l'amplifier.

* Il s'agit ensuite de comprendre les contraintes humaines liées à la communication, et ceci à tous les niveaux : les contraintes physiques (fonctionnement du canal vocal), linguistiques (comprendre le fonctionnement de la langue), cognitives (ergonomie, mémoire, associations, apprentissage), et les contraintes de pertinence.

* Il s'agit enfin de reproduire, par tous les moyens imaginables, certaines performances humaines afin de satisfaire avec des moyens artificiels les besoins informationnels des utilisateurs.

La satisfaction des futurs besoins informationnels entraîne donc une demande de nouvelles compétences. Les progrès accomplis ces dernières années dans les techniques d'Intelligence Artificielle et d'Ingénierie de la Connaissance contribuent pour une part essentiel à donner une réponse à ce nouveau besoin.


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